Les présidences à vie en Afrique noire francophone : Démocratie sans alternance

Malgré le vent de démocratisation qui a soufflé au-dessus de plusieurs pays d’Afrique noire, au début des année 90, l’alternance ne semble pas trouver une place dans tous les palais présidentiels d’Afrique noire francophone.

Les moyens utilisés par les présidents d’Afrique noire francophone pour se maintenir au pouvoir, sont divers et ont toujours été à l’origine de crises socio-politiques dans leurs pays. Les astuces pour confisquer le pouvoir visent généralement, pour ces « dictateurs », de régner plus longtemps, au-delà des dispositions constitutionnelles et très souvent d’installer un régime qui ne prend fin qu’avec le décès du président de la République. La mort du dirigeant, plus que la constitution, est ainsi le régulateur du temps d’exercice de la fonction présidentielle en Afrique noire francophone. La présidence à vie est l’émanation de deux pratiques qui se généralisent ou, du moins, sont des pratiques courantes dans les pays en voie de démocratie d’Afrique noire francophone.

Mourir au pouvoir est toute une vie pour les « dictateurs »

Mourir au pouvoir, généralement après un long règne sans partage et brutal, est un plan politique pour de nombreux présidents africains francophones en vie ou ayant vécu.  Pour ceux qui sont morts en exercice et qui ont opéré des agressions sur la loi fondamentale de leurs pays pour ne quitter le pouvoir que par la mort, on citera le cas de Lansana Conté de Guinée. Le successeur de Sékou Touré (lui-même mort en exercice après une longue dictature) avait modifié la constitution de la République en 2002, pour pouvoir se représenter à l’élection présidentielle à la fin de son second et dernier mandat. Au Togo, feu Gnassingbé Eyadema, avait usé du même stratagème en 2003, pour obtenir un troisième mandat au cours duquel il mourut le 5 février 2005, après 38 ans de pouvoir absolu. Feu Omar Bongo Ondimba, au Gabon, après des mandats successifs assurés d’avance, fit modifier la constitution en 2003 pour abolir la limitation des mandats.  Il régna pendant 41 ans, imposant aux gabonais un régime que des analystes ont qualifié de monarchie totalitaire, jusqu’à sa mort à l’âge de 73 ans le 8 juin 2009. Une autre classe de président à vie en Afrique est celle des maréchaux auto gradés. Après feus Mobutu en ex-Zaïre, Idi Amin Dada en Ouganda, Bokassa en Centrafrique, Idriss Deby Itno vient de se proclamer maréchal du Tchad et, partant, président à vie de la République du Tchad.

Felix Houphouët Boigny, le « vieux » n’a pas eu besoin de réviser ou de tripatouiller la constitution de la République de Côte d’Ivoire pour demeurer ad vitam aeternam au pouvoir en  Côte de la Cote d’Ivoire jusqu’à sa mort, à l’âge de 88 ans, le 7 décembre 1993, après 33 ans de pouvoir.  Par contre, au Burundi, feu Pierre Nkurunziza, mourut en exercice le 8 juin 2020, quelques jours avant la prestation de serment de son successeur, après avoir tenté de modifier la constitution plusieurs mois auparavant pour pouvoir se représenter à l’élection après la fin des deux mandats qu’autorisait la constitution du Burundi. Le chahut de la communauté internationale et la fronde de l’opposition et de la société civile burundaises avait saboter ce projet de modification de la constitution.  Puis ce fût une crise politique qui aboutit, au forceps, à une élection présidentielle qui fût favorable à un de ses fidèles, le général Evariste Ndayishimiyé, et au décès inopiné, quelques jours plus tard, du président sortant.

La peur de la vie après le palais.

Des velléités de conservation ad aeternam du pouvoir, grâce aux manipulations des constitutions, ont fait face à des coups d’Etat pour les uns, à des désapprobations manifestes pour d’autres, qui ont stoppé les ambitions de ces « dictateurs ». Les classes politiques ont ainsi opposé une résistance à plusieurs projets de tripatouillages des constitutions de chefs d’Etats d’Afrique noire.  On citera le cas de Mathieu Kérékou en 2005 puis de Boni Yayi en 2013 au Benin, Abdoulaye Wade en 2011 au Sénégal, ou encore Blaise Compaoré qui avait cassé le verrou de la limitation des mandats au Burkina-Faso en 1987. L’Afrique noire francophone compte à ce jour des présidences à vie nées des relectures de constitutions.  Les uns ont effacé les compteurs de mandats à leur guise, pour repartir sur de nouvelles bases constitutionnelles. Les autres ont tout simplement dissous la limitation des mandats. Dans ces aéropages on retrouve le Tchad, le Cameroun, le Congo-Brazzaville, Djibouti, le Gabon, la Côte d’Ivoire ; la Guinée etc.

La soif inextinguible du pouvoir pousse les dictateurs africains à choisir leurs décès, parfois après de longs et violents règnes, comme seule voie menant à l’alternance dans leurs pays. La peur d’avoir à répondre de crimes économiques, d’actes de cruauté, de crimes contre l’humanité et d’autres violences faites à leurs peuples est grande et hante les esprits de plusieurs « dictateurs » d’Afrique noire francophone. Le décès au pouvoir est donc, pour ces dirigeants, la seule garantie d’immunité et d’impunité après des années de brutalités institutionnalisées. Les constitutions d’Afrique noire devraient inclure des dispositions alléchantes pour les présidents sortants qui ont une peur ou une répulsion de l’après pouvoir. Le cas de la RDC, qui a pu convaincre Joseph Kabila de quitter le pouvoir après lui avoir garanti une immunité pour les crimes commis pendant son exercice et une sécurité, pourrait faire école en Afrique pour limiter la crainte des potentats. Les constitutions seront alors exemptes de viols et de tripatouillages comme on l’observe de plus en plus.  Peut-être que l’Afrique noire francophone connaîtra alors moins de crises socio-politiques, moins de sang et de feux, tel qu’il est de coutume avant et après les manœuvres de tripatouillages des lois fondamentales aux fins de présidences éternelles.

Et si c’est l’entourage du chef de l’Etat qui le maintenait au pouvoir !!!

Les amis et connaissances, les camarades du parti, et l’armée selon les cas, tous ceux qui ont concouru de près comme de loin à l’ascendance du tout puissant et qui y ont des intérêts ne voudront en aucun cas le voir partir. Parfois le chef de l’Etat est cet arbre qui cache la forêt au point où son départ mettrait à nu plus d’une combine impliquant des personnes de son entourage. Quand bien même le « dictateur » vient à partir par la force des choses, il y laisse un membre de sa famille comme cela fut le cas au Togo ou encore au Gabon, faisant de la république une véritable dynastie. Une autre astuce et pas des moindres consiste à vider de son contenu la fonction même de président de la république avant de s’en aller. Le cas de la république démocratique du Congo est assez parlant.

Le bouleversement de l’ordre constitutionnel est donc devenu la chose la plus banale qui soit dans le pays noir d’expression française. Le dernier feuilleton en date est celui de la COTE-D’IVOIRE où L’homme fort d’Abidjan ALASSANE DRAMANE OUATTARA en se déclarant candidat contre toute attente, a renié sa déclaration du 15 Mars 2020 dans laquelle il promettait sans équivoques se retirer du pouvoir. Après une élection très contestée qui s’est tenue le 31 octobre 2020, la Commission électorale indépendante a annoncé ce mardi matin, la victoire du président sortant avec un score de plus de 94 %. Quoi de plus normal quand on sait que les élections en Afrique noir francophone sont une mascarade parrainée par l’ancienne puissance coloniale à qui ces présidents rendent des comptes comme un enfant à son enseignant.

En attendant la prochaine mascarade électorale, nous allons avoir droit dans les prochaines heures à une série de contestations qui pourrait engendrer une crise post-électorale comme tel a été le cas en 2010, cela ne saurait tarder car les opposants ont annoncé la création d’un « conseil national de transition »

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