Cameroun : craintes d’attaques de gangs dans la ville portuaire

Dans la ville de Douala, la violence des gangs augmente de jour comme de nuit. Des bandes itinérantes utilisent des machettes, des massues, des couteaux et même des tournevis pour terroriser et voler.

En juin dernier, le jeune TChanga a subi des séquelles sur la poitrine, infligées par un gang qui a balayé un quartier de Douala, la capitale économique du Cameroun.

« Nous étions assis dans un bar ce soir-là quand une soixantaine de personnes ont fait irruption. J’ai été poignardé avec un couteau et j’ai frôlé la mort. »

Appolin Tchanga, un peintre en bâtiment de 43 ans.

« Le problème s’aggrave », dit un policier qui a demandé à ne pas être dévoilé. « Si rien n’est fait, ils vont prendre en otage tout ce secteur. »

Dans cette ville portuaire de quelque 3,7 millions d’habitants, la violence effrontée ne fait guère la une des journaux à l’étranger. Les conflits bien plus sanglants du Cameroun dans la région de l’ouest du pays, où les anglophones sont très en colère, et de l’extrême nord, où le djihadisme est très présent, font davantage parler d’eux.

Cependant, rien que le mois dernier, au moins quatre districts ont subi de telles attaques.

« Ils ont battu des commerçants, volé des marchandises et des biens personnels ».

Déclare un vendeur dans le district délabré de Ndokoti

« Les gens se sont fait massacrer. Je me suis enfui comme tout le monde et je me suis blessé », explique un autre commerçant, qui dit s’appeler Prince.

En colère, effrayés et frustrés par ce qu’ils considèrent comme l’indifférence officielle, les habitants prennent les choses en main.

Dans le quartier animé de Deido, un raid a récemment été mené par deux douzaines de jeunes, principalement armés de couteaux, selon Nicolas Njoh, secrétaire général du chef du district, qui comprend plusieurs villages.

« Ils ont démoli des magasins. Ils ont volé des sacs à main de femmes ».

Dit Njoh.

Les groupes d’autodéfense

Toutefois, lorsque les membres du gang ont lancé une seconde attaque sur la zone, les habitants étaient prêts à les recevoir, explique Njoh.

« Quand le signal a été donné, tous les enfants et les mères ont déménagé. Les membres du gang ont été traqués », dit-il, montrant la photo d’un motard qui avait été pris.

Njoh

Ce quartier avait déjà formé un conseil local d’autodéfense, mais Njoh indique par ailleurs qu’étant donné que la violence des gangs s’est accrue, les autorités cherchent à installer « un comité de surveillance dans chaque localité pour une riposte forte ».

Suite à la vague des attaques à Deido, 39 malfaiteurs ont été arrêtés et emprisonnés, explique Samuel Dieudonne Ivaha Diboua, gouverneur de la région du Littoral, le chef-lieu de la ville de Douala.

Une approche de type « enfermement » ne fait pas l’unanimité.

La plupart des personnes qui opèrent dans les gangs « sont jeunes », explique Erero Njiengwe, psychologue et chercheur à l’université de Douala.

« Ils sont issus d’une génération de délinquants. ils sont sans travail, abandonnés, maltraités d’une certaine manière. Une meilleure approche consisterait à les identifier et les amener à se tourner vers des activités productives plutôt que de favoriser la répression ».

Erero Njiengwe, psychologue et chercheur à l’université de Douala.

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